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LA LETTRE D’AMINATA AU PROFESSEUR SONGUE

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Cher Professeur,

Lorsque j’ai écouté votre émission, j’ai entendu les mots suivants : « vous faîtes tout pour que nous vous violons et quand nous vous violons, nous allons en prison, et vous qui avez tout fait pour qu’on vous viole, vous continuez à être libre … J’assume entièrement ce que je dis ». Sur le coup je n’ai pas réagi. Je me suis dit qu’il devait s’agir d’une erreur. Vous savez, ces choses qui deviennent rapidement incontrôlables sur internet et qui de partage en partage se vident de leur substance car comment se pourrait-il que de pareils mots puissent être prononcés et de surcroît assumés sur une chaîne de télévision nationale ? Alors, j’ai fait mes recherches Professeur. J’ai trouvé la vidéo dans son intégralité et vous ai réécouté et quelle a été ma surprise de voir sortir de votre bouche ces mêmes mots avec une telle conviction, comme une évidence finalement si on s’en fie aux ricanements du présentateur de l’émission et des femmes sur le plateau. J’ai eu très mal mais pas seulement pour ce que vous avez dit, j’ai eu mal pour toutes les fois où les femmes et filles de ce pays doivent sans cesse voire ce débat se poser et se reposer avec les mêmes arguments sanglants et transperçant. Vous auriez pu être ce pont Professeur, ce pont qui aurait permis de redonner à ce débat vil et stérile focalisé sur des chiffons un sens d’humanité. Vous auriez pu permettre à deux camps apparemment distincts de reconsidérer leurs positions et d’entamer un dialogue sur l’importance du langage dans la lutte contre les agressions sexuelles.

Il aurait fallu que vous disiez simplement : « Je suis désolé. J’ai conscience que mes propos ont blessé et heurté des personnes déjà fragilisées physiquement, moralement et émotionnellement, toutes les personnes leur étant proches et tout Homme dans sa conscience et sa dignité d’être humain mais telle n’était pas mon intention. Parfois, nous ne prenons pas conscience de l’importance des mots que nous utilisons mais les mots sont importants. Ils peuvent détruire comme ils peuvent réparer, inspirer et insuffler courage et je m’excuse que les miens aient été source de condamnation. Toutefois, cela m’enseigne combien il est nécessaire d’avoir cette conversation à un niveau sociétal pour développer une prise de conscience par rapport à l’impact des mots et du langage de manière général sur de pareilles questions ». Vous l’avez dit vous-mêmes Professeur : « Partout où j’allais, les gens partageaient avec moi combien m’écouter leur faisaient du bien mais nul n’est à l’abri d’un pareil moment d’incompréhension ». Mais alors Professeur, pourquoi ne pas avoir fait preuve d’humilité devant un pareil moment ?

De deux choses l’une, ou vous ne pensez pas ce que vous avez dit et vous vous êtes mal exprimés comme aiment à le répéter vos défenseurs, auquel cas votre deuxième sortie atteste d’une incapacité à assumer vos insuffisances d’Homme pour demander pardon car demander pardon est un acte de courage et d’humilité ; ou vous pensez fondamentalement ce que vous avez dit et l’assumez toujours mais pas sans essayer de réécrire l’histoire et de manipuler intellectuellement votre audience pour les faire passer pour ceux-là qui n’ont rien compris. Sauf que « pris au sens de la lettre ou du verbe », peu importe le sens que vous souhaitez donner à vos propos après coup, vos mots restent les mêmes : « vous faîtes tout pour que nous vous violons et quand nous vous violons, nous allons en prison, et vous qui avez tout fait pour qu’on vous viole, vous continuez à être libre … J’assume entièrement ce que je dis ».

Toutefois, je ne vous écris pas pour m’allonger sur l’intention derrière vos propos. Je n’ai pas cette prétention car Dieu seul et vous en avez pleinement conscience. Je vous écris pour vous annoncer une bonne nouvelle : vous n’êtes pas seul à dire ce que vous dîtes et à l’assumer. Pire, vous n’êtes pas seul à penser qu’il existe des situations où les femmes « peuvent inciter au viol ». Vous avez choisi l’exemple simpliste des vêtements, mais Professeur, il y a mieux. Beaucoup vous dépassent en originalité et en brutalité, dans les mots j’entends bien.

Vous dîtes qu’ « elles le voulaient », mais quelle femme peut vouloir que sa vie change aussi brutalement ?

Certainement pas une jeune femme de dix-neuf ans. Et pourtant, elle « aura certainement tout fait pour se faire violer » Professeur. Parce qu’elle aura tout fait dans ce sens, sa vie bascule. Tout commence lorsqu’elle accuse un célèbre et réputé homme sénégalais de viol. Le cas est alors porté devant les tribunaux et toutes les preuves condamnent l’homme en question. Ce dernier, écope d’une peine de trois ans de prison ferme. Mais l’opinion publique se divise alors en deux camps, exactement comme dans votre cas, puisque de nombreuses personnes, hommes et femmes confondus, rejettent immanquablement la faute sur la principale concernée. Là encore rien de nouveau. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est que cette fois-ci, l’argument est différent. Le débat ne tourne pas autour de ce qu’elle portait mais autour d’une question considérée comme essentielle : « Qu’est-ce qu’elle y faisait ? » (« Lou mou fa done deff ? ») En effet, dans la société sénégalaise, une bonne femme est celle-là même qui reste auprès des cuisses de sa mère, pour reprendre la célèbre expression wolof : « togg sa podiou ndeye ». Un an et demi plus tard, le coupable bénéficie d’une liberté conditionnelle. Non seulement, il évite de purger la totalité de sa peine, mais il s’arrange très vite pour reconstruire son image en apparaissant dans la majorité des chaînes de télévisions de la place comme un fervent croyant à qui Dieu faisait passer une épreuve. «

Lorsque Dieu t’aime, Il te fait passer par des moments difficiles. Tout ceci était la volonté de Dieu » confit-il lors d’une de ses interviews. Auteur d’un nouveau livre rédigé en prison où il entend traiter des tares et problèmes de la société sénégalaise, il ne s’assure non pas tant de sa promotion que de son autopromotion en se présentant comme un héros national, victime d’une grande injustice, lorsque la victime, elle, est réduite au silence. Personne ne dit rien et ce spectacle se poursuit dans le silence le plus absolu. Vous, vous êtes simplement un « incompris national », « vos propos ont été mal interprétés », pas vrai ? Mais là encore, Professeur, vous n’avez rien d’unique.

Des personnes comme vous qui expliquez, argumentez et rationalisez le fait qu’il peut exister des cas où les femmes incitent au viol ou le cherchent un peu quand même, il en existe partout au monde de sorte que même si le viol est accepté comme un crime et considéré comme un acte horrible, la faute est toujours rejetée sur les victimes. Ces dernières ne sont pas supposées se mettre dans les situations où cela pourrait leur arriver. Cette pensée est terrible parce qu’en lieu et en place de donner aux victimes le courage de demander justice sans peurs aucune, elle les enfonce dans un silence de honte et de culpabilité. Comme résultante, qu’est ce qui se passe dans les pays où certaines femmes ont le courage de briser le silence ? Lorsqu’elles osent parler, elles sont présentées comme responsables du crime qui leur est arrivé. Elles sont coupables d’avoir été violées, harcelées ou abusées sexuellement et physiquement. Cette idée de « qu’est-ce qu’elle portait ou de qu’est-ce qu’elle y faisait ? » est centrale dans la compréhension de comment aussi bien les hommes que les femmes de nos sociétés oppressent les victimes d’abus sexuels.

En effet, en donnant la priorité à cette question au lieu de rester concentrer sur comment des actes aussi diaboliques peuvent être commis, la question des abus sexuels est présentée comme quelque chose de certes inacceptable mais de parfois compréhensible. Le drame de cette réalité est qu’elle internalisée par les victimes qui se blâment elles-mêmes en pensant que c’est peut-être effectivement de leur faute, peut-être qu’elles méritent ce qui leur est arrivé, peut-être qu’elles n’auraient pas dû porter cette « petite robe rouge » ou rester seules avec cet homme. C’est un état d’esprit et une manière d’analyser les abus sexuels qui condamnent certes le criminel mais pas sans souligner avec violence et virulence la responsabilité de la victime. Le droit d’être une victime est refusée à toutes ces femmes. Le droit et le pouvoir de dire : « je suis une victime » est confisqué lorsqu’être violé est considéré comme une honte, une offense, un déshonneur, un crime social et que le silence complaisant et maquilleur des apparences est préféré à la vérité.

Et si nous présentions cette perturbante question : “Qu’est-ce qu’elle portait ou qu’est-ce qu’elle y faisait ?” comme violente en elle-même ? Et si nous donnions aux victimes le droit de faire face pour elles-mêmes et d’affirmer leur pouvoir sans avoir peur d’être humiliées ? Et si une victime d’abus sexuel cesse d’être responsable, coupable, honteuse pour être une victime tout simplement ? Et si toutes les victimes d’abus sexuels étaient libérées de la peur et de la honte qui sont inextricablement liées au statut de victime ? Comment pouvons-nous ne pas être révolté et indigné en tant qu’êtres humains lorsque devant de pareils horreurs, la réaction est « Mais vraiment il faut reconnaître que ce n’est pas aussi simple (…)

Je suis d’accord, c’est inacceptable mais … » ; à chaque fois qu’on ne voit pas seulement à quel point nous apprenons aux femmes à se diminuer devant les hommes, mais comment nous les blâmons lorsqu’elles s’y refusent ; à chaque fois qu’il y a un cas d’abus sexuel où la victime est engagée dans un procès social et moral, au même titre et parfois même beaucoup plus que le criminel lui-même ? Ce n’est pas de l’injustice. Cela transcende l’injustice car en tant que société, nous légitimons et construisons la loi du silence qui emmure les victimes. Comment pouvons-nous parler d’amélioration des droits et conditions de la femme si du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, nos sociétés usurpent le droit le plus basic d’un être humain qui est d’être protégé contre les violences morales, physiques et psychologiques, lorsqu’il est question des femmes abusées sexuellement ?

Docteur Martin Luther King a dit un jour : “Au final, ce qui fera le plus mal, ce ne sont pas les mots de nos ennemis mais le silence de nos amis.” Pour les victimes d’agressions sexuelles, ce qui fera le plus mal, c’est leur propre silence. Mais elles ne sont pas forcées de rester silencieuses. Vous êtes-vous déjà demandé Professeur pourquoi les associations de lutte contre les violences faites aux femmes peinent autant ? Vous-êtes-vous déjà demandé pourquoi la plupart des victimes restent silencieuses ? Pourquoi une victime d’agression sexuelle va hésiter avant de dénoncer son agresseur, de se rendre à la police ou d’accepter de se rendre devant les tribunaux ? Pourquoi en moyenne, 40% des victimes d’agressions sexuelles prennent du poids après avoir été attaquées, et ne font plus attention à leur féminité ? Pourquoi certaines femmes elles-mêmes considèrent que les femmes vont à l’encontre des problèmes en se montrant trop provocantes devant les hommes ? Qu’est-ce que nous pouvons apprendre de tout ceci ? Le fait est que, c’est à travers des propos comme les vôtres, mais répétées pas seulement par vous Professeur sur une chaîne de télévision nationale mais par d’autres femmes et hommes dans la vie de tous les jours que dans chaque pays, nous légitimons les agressions sexuelles en disant simplement « mais » après « c’est inacceptable ». Nous disons concrètement : « Les victimes sont des victimes mais en même temps, elles ne le sont pas vraiment. »

Le langage est puissant. En disant simplement « mais » ou « qu’est-ce qu’elle y faisait ? » ou « elle aurait dû rester sur les cuisses de sa mère » ou pour reprendre vos termes « restez des sénégalaises bon teint », nous confisquons le droit et le pouvoir de ces victimes de simplement être elles : victimes et non coupables. Nous les obligeons à rester silencieuses en leur faisant bien comprendre que : « si vous brisez le silence, vous devez être capable d’expliquer pourquoi une telle chose vous est arrivée. » Mais qui peut expliquer le pourquoi d’une telle ignominie ? Qui peut le comprendre ? Qui peut en saisir le sens ? Y’a t-il même un sens à pareil non-sens ? Le langage est le premier instrument contre l’affirmation du droit et du pouvoir de toutes ces femmes parce que ceux qui sont en position de pouvoir, à savoir l’écrasante majorité de la société, peuvent l’utiliser pour réduire au silence les victimes.

C’est ce que nous retrouvons au Sénégal avec le cas de nombreuses femmes et petites filles qui n’ont même pas eu la chance d’en venir à être injuriées puisque n’ayant simplement pas eu à dire quoi que ce soit. C’est ce que nous retrouvons au Maroc, où la loi permet aux criminels d’éviter la prison en acceptant d’épouser leurs victimes, ce qui conduit les femmes à des suicides dramatiques dont le dernier en liste date de l’année dernière. C’est ce que nous retrouvons en Jordanie où la pression sociale a atteint un paroxysme tel que la victime est placée en détention pour la protéger de sa propre famille qui pourrait la tuer. C’est ce que nous retrouvons aux Honduras où une femme est agressée et tuée par son propre partenaire de vie tous les vingt jours, de même qu’en France où cela se produit cette fois-ci tous les trois jours. Ces mêmes partenaires qui sont sensés les aimer, les chérir et les protéger. C’est ce que nous retrouvons en Inde où en moyenne, deux femmes sont violées, une est battue et quatre sont harcelées sexuellement chaque heure dans le silence le plus absolu. C’est ce que nous retrouvons en Afghanistan, en Haïti, en Guinée équatoriale, en République Démocratique du Congo, au Pakistan, au Nigéria, au Bengladesh et partout dans le monde.

En effet, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé, ¾ des femmes dans le monde vont finir battues, abusées ou agressées et par leur mari ou partenaire de vie en majorité. Vous pensez que la solution c’est d’inciter les femmes à faire attention Professeur puisqu’elles évoluent dans des sociétés où ils existent des malades mentaux incapables de se contrôler, mais la réalité c’est que ces derniers ne sont pas les plus à craindre. Ceux qui me font les plus peurs, ce sont ceux-là qui pensent qu’à partir d’un certain stage, la notion de consentement n’existe plus et qui pour toute réaction, en face de tous ces abus prononcent des : « mais » ou des « vous faîtes tout pour que nous violons » et pire, signent et insistent qu’il y a toujours un « mais » quelque part à un moment donné.

La société insiste toujours sur le fait que cela ne se serait jamais produit si elles avaient agi différemment. Mais elles n’ont pas agi différemment et particulièrement par rapport à votre insistance sur la question au lieu de présenter des excuses, elles n’ont pas à agir différemment. Elles n’ont pas à se couvrir ou à « rester des sénégalaises noires bon teint ». Cela n’a aucune importance. Cela n’a aucune importance parce que toutes les femmes devraient se sentir libre d’agir comme elles le désirent sans avoir peur d’être violées. Cela n’a aucune importance parce que cela n’excuse pas le viol, encore moins le violeur. Il n’y a pas la moindre petite excuse et tout comme il ne saurait y en avoir, il ne devrait pas exister de phrases aussi inhumaines inhumaines que celles que vous avez prononcées ou de questions telles que « qu’est-ce qu’elle y faisait ? » : « j’ai été violée et ce n’est pas de ma faute », « J’y étais mais ma présence n’a aucune importance. Ma tenue n’a pas d’importance. Mon parfum encore moins. Même le fait que je sois ivre ou droguée n’a pas d’importance. La seule chose qui importe est que c’est un crime qui doit être puni et non excusé, compris, justifié ou légitimé ! »

De plus, le danger inhérent à l’idée de « qu’est-ce qu’elle portait ou y faisait ? » est ce message que nous lançons à toutes les femmes et petites filles. Nous leur disons « tant que tu seras là où tu dois être, ou tant que tu te comporteras ou t’habilleras comme une fille bien (suivant la définition que la société fait d’une fille ou femme bien), tu n’auras pas à craindre d’être violée ou d’être abusée sexuellement. » Et de surcroît, nous disons implicitement aux hommes : « ce n’est pas grave si tu es juste un homme. Tu ne dois pas commettre un acte pareil parce que c’est horrible mais dans certaines situations, nous comprenons que tu ne puisses vraiment pas faire autrement. » Nous pensons toujours à : « comment cela se serait passé si elle n’y avait pas été ou si elle avait agi différemment ? » Nous pensons toujours que tout serait différent et que rien ne se serait produit. Mais là n’est pas la question parce que cela s’est produit et ça continue de se produire.

Voyez-vous Professeur, pendant longtemps, je ne comprenais pas pourquoi il était aussi difficile pour beaucoup de personnes de comprendre pourquoi les mots sont importants dans un pareil sujet et pourquoi des propos comme les vôtres créent souffrance, indignation, colère et division. Je ne comprenais pas que vous ne puissiez pas comprendre, vous et beaucoup d’autres hommes et femmes de notre société en général, qu’un viol est un viol et qu’il n’y a pas de « mais ». Hommes et femmes je précise bien car certaines femmes que j’interviewais m’ont dit : « si c’était moi, j’allais libérer cet homme pour doute car à partir du moment où elle s’y est rendue, il n’y a plus de viol », et d’autres diront « si vous vous couvriez, cela ne vous arriverait pas ». Au fond, qu’est-ce que cela nous enseigne ? Si la majorité d’entre nous pensent de cette manière, c’est qu’il y a une raison, c’est que nous avons été élevé de cette manière.

Le viol sauvage et agressif est plus facile à accepter pour les hommes. Considérer que les victimes de viol sont les femmes agressées sauvagement dans la rue, ou agressées par des soldats, ou encore par des brutes, est beaucoup plus facile que d’accepter que même une femme qui au départ a bien allumé l’homme en question à travers sa tenue, et allons même plus loin Professeur, une femme qui était d’accord pour le faire pour se rétracter l’instant d’après est une victime. A partir du moment où nous sommes toutes des potentielles victimes de viol, n’importe quel homme peut violer une femme dans ces conditions. Et dans votre discours, vous préférez la simplification à l’extrême qui rejette le blâme sur les femmes. C’est plus facile de les « sensibiliser », de « leur demander de faire attention », de limiter le viol à l’aspect sauvage car sauter sur une fille dans la rue, la violer puis l’égorger ou sur une petite fille, cela, vous et vos défenseurs et pourfendeurs de morale le reconnaissez unanimement comme un acte inhumain que seul peut commettre un vrai criminel ou un malade. Mais les autres cas, eux, qui limitent le viol à sa définition légal à savoir « absence de consentement », (« tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise »), vous préférez « sensibiliser ». C’est plus facile de jeter le blâme sur la fille. Après tout, pourquoi elle l’a allumé ? Elle avait qu’à ne pas le chercher ? Elle n’avait qu’à ne pas y être ! Elle n’avait qu’à « rester une sénégalaise bon teint ».

Quelle est la différence entre une femme qui se retrouvent dans ces situations et se fait violer et une femme qui dans les mêmes conditions n’est pas agressée ? C’est la différence entre un violeur, un criminel et un homme. Je rêve de ce jour où on arrivera à un stade dans nos sociétés où cette différence fera sens pour tout le monde, où nous n’apprendrons plus seulement aux femmes à faire attention mais également aux hommes à se tenir. Si j’ai un garçon un jour, j’aimerais qu’il grandisse avec ces valeurs et qu’il comprenne très bien que lorsqu’une femme lui dit « non », c’est « non ». Et j’aimerais que ma fille aussi sache qu’elle n’aura jamais à s’en vouloir pour des choses qui ne sont pas de sa responsabilité. Les valeurs d’une femme de bien, j’essaierai de les lui inculquer comme ma mère l’a fait avec moi, comme ma grand-mère l’a fait avec ma mère, et comme les mères de toutes ces filles l’ont fait avec elles car Professeur, les jeunes femmes n’ont pas à recevoir ce message de vous depuis une chaine de télévision nationale, elles ont leur mères et tantes pour cela. Mais ces valeurs ne devront pas la limiter, et ne devront nullement l’oppresser et la plupart du temps, elles ne nous limitent ni ne nous oppressent mais c’est leur utilisation pernicieuse et leur manipulation qui confinent les femmes et les culpabilisent pour des choses qui ne relèvent et ne sauraient relever de leur responsabilité. Oui, « les violeurs vont en prison et les femmes restent libres ». C’est ce qui devrait être mais la vérité Professeur, c’est qu’on en est loin encore et vous avez raté le coche car vous aviez l’opportunité de rectifier vos propos et cela aurait permis d’avoir des conversations toutes autres sur cette question.

Mais puisque vous ne l’avez pas fait, je me permets d’encore croire que votre intention ce jour-là sur ce plateau n’était pas de blesser et par ces quelques mots, je vous le dis, même si telle n’était pas votre intention, vous avez blessé et heurté des femmes et des hommes, car de nombreux hommes sénégalais se sont sentis outrés et indignés dans leur chair. Je vous le demande, formulez des excuses et rien que des excuses. Il n’y a rien de pire que de tenter de manipuler intellectuellement les gens ou d’insulter leur intelligence surtout lorsqu’on est soi-même intelligent. L’heure est au dialogue dans notre société. Au dialogue, j’entends bien et non pas au combat et vous avez aujourd’hui l’opportunité d’initier ce dialogue. Le vrai problème à chaque fois qu’un sujet sur les femmes, le genre ou la manière dont hommes et femmes ont été élevés dans nos pays se posent, chacun sort ses crocs et s’apprêtent à bondir pour protéger on ne sait quoi. Préférons-nous le confort de ces pseudo-avantages auxquels nous nous accrochons aussi fortement à la construction d’une société plus équilibrée où hommes et femmes, ensemble se dresseraient libres et sans masques ? Une chose est sûre, tant qu’au Sénégal, on ne pourra pas avoir ce dialogue ouvertement et sans peur, cela est loin d’arriver et tant que vous continuerez à « assumer » vos propos Professeur ou tenterez de les expliquer au lieu de vous en excuser, je ne saurai croire en vos bonnes intentions encore mois à celles que vos défenseurs vous prêtent.

Avec tout mon respect
Ndèye Aminata Dia
Un être humain que vos propos ont blessé!

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